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Tchernobyl, ce qui est resté radioactif (1987)

AuthorQue Choisir
DateApril 1987
Classification 2.34.8.30/09 (CHERNOBYL ACCIDENT - CONSEQUENCES EUROPE - GENERAL)
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E D I T O

LA FIN DU DOUTE

Voici un an, Tchernobyl faisait exploser les certitudes des nucléocrates en même 
temps que notre crédulité. L'impossible accident était bel et bien arrivé. Si Hiroshima 
fut un viol, Tchernobyl est une trahison : notre innocence et notre confiance ont été 
trahies, toutes responsabilités confondues à l'Est comme à l'Ouest. Un an après, si 
nous sommes moins crédules, sommes-nous moins ignorants ?
« On est dédommagé de la perte de son innocence par celle de ses préjugés. » Plus
brutalement que Diderot, demandons-nous : Tchernobyl nous a-t-il au moins servi à 
quelque chose ? Au travers d'enquêtes auprès - et autour - de décideurs et de 
responsables techniques de l'industrie nucléaire, au travers aussi d'un sondage national 
réalisé onze mois après l'accident, il semble se confirmer que Tchernobyl a laissé des 
traces durables dans les mentalités, sinon déjà dans les pratiques. L'ampleur de ce 
changement et ses éventuelles conséquences politique nous échappent encore. Mais il 
y a des signes ... Ainsi, après vingt ans de silence résigné à peine troublé par quelques 
soubresauts écologistes, voilà que près de 30 % des Français réclament maintenant un 
débat national sur le nucléaire civil. Mieux : ils déclarent que leur vote pourrait 
dépendre de ce débat. Plus étonnant encore: 52% estiment normal de renoncer à la 
centrale frontalière de Cattenom si les Allemands et les Luxembourgeois s'opposent 
à sa mise en route. Preuve que le sens des responsabilités peut faire alliance avec une 
nouvelle conscience du risque pour dépasser le nationalisme énergétique auquel on 
nous a si fortement conditionnés. Autre signe : le raz de marée d'informations 
techniques ultra-détaillées que viennent de déclencher les responsables EDF du 
programme nucléaire. On peut certes les soupçonner de vouloir maintenant gagner 
leur match contre les questionneurs par KO technique. Mais, après vingt ans de secret, 
mieux vaut s'atteler au décryptage et à l'analyse de ces données plutôt que de se 
plaindre d'être submergés. Il y a donc bien eu un « effet Tchernobyl » dont on 
trouvera l'empreinte à tous les stades de notre enquête.
Hélas, cette empreinte n'est pas seulement dans les esprits ; elle demeure présente 
encore aujourd'hui dans nos aliments, nos paturages, nos cultures et dans les cellules 
de notre corps. Durant ces onze mois, une équipe de Que Choisir ? et de 
correspondants de nos Unions locales, associés à des ingénieurs et à des laboratoires 
indépendants comme la CRIIRAD, ont collecté et analysé des produits laitiers, des 
végétaux et des viandes provenant de régions suspectées d'être encore radioactives.
Tout particulièrement, des régions qui avaient connu de fortes pluies au moment de 
l'accident. Les résultats sont clairs : il y a bien aujourd'hui une radioactivité 
rémanente dans la majorité des produits recensés. Est-ce grave?


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